22 septembre 2026 - Temps de lecture: 4 minutes

Audiologie

Brain Hearing

Si la réduction du bruit n’était pas toujours la bonne réponse ?

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Quand on parle d'aides auditives, on pense immédiatement à la clarté des conversations. Mais l'audition ne se résume pas à la parole. Les sons du quotidien comme le trafic, le chant des oiseaux, une sonnette, des pas qui approchent, nous ancrent dans notre environnement et nous permettent de comprendre le monde qui nous entoure. Ce sont des informations que le cerveau ne peut pas se permettre de perdre.

 

Les aides auditives dotées d'intelligence artificielle ont considérablement amélioré l'intelligibilité de la parole. Mais cette performance a un également un effet néfaste potentiel : une réduction de bruit trop agressive peut aussi effacer des indices sonores précieux. La question mérite donc d'être posée franchement : peut-on aller trop loin dans la réduction du bruit ? Lorsque les aides auditives suppriment une trop grande partie de la scène sonore, l'écoute peut devenir moins naturelle, même si la parole est techniquement plus claire.

C'est précisément cette question qu'a explorée le Dr Eric Johnson, Au.D., Ph.D., CCC-A, lors d'un webinaire du BrainHearing™ Network. Il y a présenté les résultats de deux études sur la façon dont les aides auditives peuvent trouver l'équilibre entre compréhension de la parole et sons contextuels. Ses conclusions invitent à repenser un réflexe clinique répandu : celui de maximiser la réduction de bruit par défaut.

 

À la recherche de l’équilibre optimal entre parole et sons environnants

La première étude a examiné si des personnes normo-entendantes et des personnes malentendantes pouvaient reconnaître simultanément de la parole et des sons contextuels présentés en même temps. Les deux groupes ont obtenu de bonnes performances sur les deux tâches. La fenêtre d'équilibre optimal pour la compréhension idéale était cependant plus étroite pour les personnes malentendantes, ce qui souligne la précision que requiert le réglage.

La seconde étude s'est intéressée à une question plus ciblée : est-il possible d'améliorer l'intelligibilité de la parole grâce à la réduction du bruit, sans pour autant dégrader la reconnaissance des sons environnants ? Le Dr Johnson a introduit le concept de masque de compression idéal (ideal compressed mask), dans lequel l'atténuation est limitée plutôt que totale.

Les résultats montrent qu’avec le bon niveau de réduction du bruit, il est possible d'atteindre à la fois une clarté de la parole élevée et une reconnaissance solide des sons contextuels. Et ce niveau de réduction du bruit idéal s'est révélé très similaire entre auditeurs normo-entendants et malentendants.

 

Ce que cela change pour les professionnels de l'audition

Au-delà des données scientifiques, le Dr Johnson a souligné les implications concrètes pour les audioprothésistes. Le message central : une réduction du bruit maximale n'est pas nécessaire pour obtenir une bonne intelligibilité de la parole. Ses recherches pointent vers un point d'équilibre précis — un sweet spot — où le patient comprend bien la parole tout en restant connecté à son environnement.

Comme il l'a formulé lors du webinar : « Il n'est pas nécessaire de supprimer tout le bruit de fond pour obtenir une très bonne intelligibilité. » Ce glissement de perspective, pour passer de la suppression du bruit à la recherche du bon équilibre entre parole et contexte, s'inscrit naturellement dans les principes BrainHearing™, qui placent le fonctionnement naturel du cerveau au cœur de toutes ses technologies.

Ces résultats ouvrent la voie à des échanges plus riches avec les patients. Beaucoup ne cherchent pas seulement à comprendre les conversations : ils veulent rester présents dans leur environnement, en sécurité, connectés au monde qui les entoure. « Il est possible, avec un niveau de réduction du bruit approprié, d'être à la fois conscient des sons environnants et d'entendre clairement la parole », a rappelé le Dr Johnson. Il a d'ailleurs cité des patients présentant des pertes auditives sévères, qui exprimaient la crainte de ne plus entendre le trafic ou d'autres sons importants pour leur sécurité.

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Ce qu'il faut retenir

Les travaux du Dr Johnson mettent en lumière trois enseignements pour la pratique quotidienne :

  • Les audioprothésistes et leurs patients ont besoin de solutions qui soutiennent l'intelligibilité de la parole tout en préservant l'accès aux sons contextuels. La réduction maximale du bruit n'est donc pas toujours la meilleure réponse.
  • Une clarté de la parole élevée et une bonne reconnaissance des sons environnants peuvent être atteintes simultanément, à condition que l'équilibre entre parole et bruit de fond soit correctement calibré.
  • Le masque de compression idéal montre qu'il est possible d'améliorer la compréhension de la parole sans sacrifier la conscience environnementale (avec un niveau d'atténuation optimal remarquablement similaire entre normo-entendants et malentendants).

 

Les réactions du terrain

La perspective défendue par le Dr Johnson a trouvé un écho immédiat auprès des participants au webinar. Plusieurs ont partagé leur pratique clinique : expliquer aux patients que l'objectif n'est pas d'effacer le bruit de fond, mais de leur permettre de rester en lien avec leur environnement de façon naturelle et sécurisante.

Les participants ont également souligné la valeur de ces échanges à forte dimension scientifique : une meilleure compréhension des mécanismes technologiques permet d'affiner la pratique clinique et d'améliorer la qualité du conseil patient.

Le BrainHearing™ Network se nourrit de ces conversations. Nous remercions l'ensemble des participants pour leurs contributions et nous réjouissons de poursuivre ces échanges lors des prochains webinars.

 

 

Références :

Johnson, E. M., & Healy, E. W. (2024). An ideal compressed mask for increasing speech intelligibility without sacrificing environmental sound recognition. The Journal of the Acoustical Society of America, 156(6), 3958-3969.

Johnson, E. M., & Healy, E. W. (2024). The optimal speech-to-background ratio for balancing speech recognition with environmental sound recognition. Ear and hearing, 45(6), 1444-1460.